Allemagne en Provence : village dans le pays du Verdon, à 10 kms de Riez.

L'étymologie du nom de ce bourg viendrait de Armagnia ou Arena Magna désignant une plaine de gravier ; effectivement le village est bâti au pied d'une colline dans une plaine et de cette colline, les jours d'orage ou de grandes pluies, des torrents d'eau descendent déposant des masses de gravier. Une autre opinion, chez les historiens, dit que le nom du village viendrait d'une tribu germanique dont les membres : les Alamans seraient passés en cet endroit lors des Grandes Invasions et auraient fondé une colonie.

Encore une autre explication dit que ce nom serait dérivé de Alemona, déesse romaine de la fécondité ou plus exactement des naissances. Ce lieu a été cité, dès 429, dans des chroniques de l'époque, celle des Lérins en particulier ou dans la relation de la vie de Saint Hilaire (évêque d'Arles). Cette terre, située dans la vallée du Colostre, devint une baronnie en 1280 et c'est durant ce siècle (tout au long du XIII° s.) que le hameau se déplaça et d'une butte qu'il occupait, il descendit petit à petit dans la plaine. Il appartint en premier à la famille Spata et une dénommée Agnès l'apporta en dot à un Castellane.

On peut voir, sur un coteau voisin, les ruines d'un chateau-fort : Castellet. Il fut pris d'assaut par les bandes du vicomte de Turenne qui en firent un de leurs repaires. Puis, il devint un lieu peuplé de brigants. Excédés de leurs méfaits, les gens de Riez y mirent le siège, le prirent et le rasèrent complètement.

Et c'est François de Castellane qui commença la construction du château, elle fut achevée par son fils Melchior ; en effet, il fut bâti en une cinquantaine d'année, approximativement entre 1495 et 1545 autour d'une tout moyen-âgeuse de forme carré qui servait de guet au château médiéval qui se trouvait alors sur la colline.

Il est l'illustration même de la construction ambivalente d'une forteresse-habitation de la période du début de la renaissance, à savoir : architecturalement parlant il se trouve à mi-chemin d'une fonction défensive et d'une fonction résidentielle. D'héritage en héritage, il passa en possession des familles d'Oraison puis de Varage pour aboutir entre les mains de Ripert de Montclar qui le restaura au XIX° s. après les ravages occasionnés par la Révolution qui l'avait transformé en grenier à foin. L'épisode le plus connu se rapportant au château est la mort du baron d'Allemagne lors des guerres de religion. Ce dernier s'était tourné vers la Réforme et fut un des chefs des huguenots en Provence. Il vint mettre le siège devant Fréjus mais pendant ce temps, un de ses cousins, catholique, tenta de l'investir. Le baron d'Allemagne demanda, alors, l'aide de Lesdiguières pour le sauver et ils partirent le délivrer du capitaine de Vins qui l'assiégeait pour la ligue. Et comme la victoire semblait être acquise pour les huguenots, le baron d'Allemagne enleva son casque qui lui tenait très chaud et reçut aux dires de l'abbé Féraud (« Histoire, Géographie et Statistiques du département des Basses Alpes ») un coup d'arquebuse qui le tua. Sa mort eut de fâcheuses répercutions sur les prisonniers puisqu'ils furent pour la plupart égorgés et que l'on en garda douze pour le lendemain qui furent tués sur sa tombe.

Mais revenons au village. Son plus ancien monument est une chapelle avec une crypte consacrée à St. Marc que l'on trouve sur une colline le dominant. On pense qu'elle a été construite sur l'emplacement d'un ancien château datant du Haut Moyen-âge. Juste à l'entrée du site, il y a une pierre rappelant que le baron d'Allemagne fut tué lors des guerres de religion.

L'église paroissiale est, elle aussi comme la chapelle, dédié à St. Marc ; elle est d'un style bâtard puisque le chur est roman, une chapelle latérale au sud est gothique, le clocher remonte au XV° s. et la façade est moderne (XIX° s.).

Le bourg possède des maisons du XVII° s. et du XVIII° s., sa marie est du XIX° s. . Il possède deux fontaines, l'une rustique qui se trouve au centre du village moderne qui est sans doute très ancienne, l'autre datant de 1847 qui est de forme ronde avec un conduit en fonte, remplaçant celui d'origine qui était en grès, elle servait aussi bien à étancher la soif qu'à être un monument de prestige, elle se trouvait sur un lieu très passant, en contrebas se trouvait un bassin en pierre, aujourd'hui disparu, qui recueillait ses eaux.

Jean-Paul Audibert

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