Berluc-Perussis Léon : 1835-1902.

Il a toujours regretté profondément de n'être pas provençal de pure souche. En effet sa famille est d'origine italienne, plus précisément du Milanais, elle portait le nom de Berluchi Peruzzi, elle ne s'établit à Forcalquier qu'en 1440 ; elle avait reçu des lettres de noblesse en 1395 et c'est ainsi que Léon Berluc Perussis était chevalier. Il possédait le château du plan de Porchères qui était dans sa famille depuis qu'un de ses ancêtres, Jean-Antoine, surnommé l'Erasme provençal, avait épousé en 1614 Hélène de Porchères.

Né à Apt, il fit des études de droit et s'inscrivit au barreau d'Aix en Provence. Il quitta le métier d'avocat et revint à Porchères où, plus tard, il devait décéder. Il s'occupa d'histoire locale, de poésie occitane et française, d'agriculture pour améliorer la productivité de son domaine, il introduisit les batteuses à vapeur en Provence. Il devint collaborateur du Mercure Aptésien , il publia dans ce journal dès l'âge de 17 ans et de l'Abeille du Midi , fut inspecteur de la Société française d'Archéologie en 1862. La même année, il fonda la Société Littéraire d'Apt.

Il épousa sa cousine germaine mais leur mariage fut un échec cuisant. Il eut une fille, morte trop tôt à vingt quatre ans. Il fut à l'origine d'un courant de pensée qui devait unir les différentes langues venant du latin et connues de Pétrarque, c'est ainsi qu'il eut de fréquentes relations avec son cousin italien Ulbadino Peruzzi, gonfalonier de Florence. Il fut Majoral (titre donné à ceux qui faisaient partis du comité directeur du Félibrige) en 1876. Il rédigea de nombreuses histoires locales : en particulier une histoire du village de Porchères, «  les quatre paroisses urbaines de Forcalquier » (1888), « les anciennes faïenceries de Haute Provence » (1885), « Lincel et Saint Martin » (1895). Il fonda, en 1875, la section alpine du Félibrige. Sa poésie provençale est peu compréhensible à ceux qui ne possèdent pas parfaitement le patois parlé.

« Le dialecte marseillais qui, je crois, est le vôtre est tellement avili par la plupart des versificateurs qui l'emploient, qu'il me paraît urgent, pour l'honneur du pays, qu'un homme de goût, de sens naturel et de race, le réhabilite en poésie. Vous savez que la noblesse de Provence a fourni à notre grand siècle le plus grand nombre et les meilleurs

de ses troubadours. Plus tard, et même jusqu'à nos jours, Palamède Tronc de Codolet, le Marquis de la Fare-Alais , M. de Truchet et M. d'Astros, notre vénérable doyen, ont glorieusement tenu le drapeau du Gay-Saber; il vous revient donc, Monsieur, à vous que la nature a particulièrement doué, de continuer ces nobles traditions; et à ce titre, permettez aux Félibres de compter sur votre collaboration pour l'armana provençau de l'an prochain .

Agréez, Monsieur, mes biens cordiales salutations et mes remerciements  » Lettre de F. Mistral

De nombreux écrits furent publiés sous différents pseudonymes, notamment sous celui de A. Gagnaud. Il créa l'Académie du sonnet qui fut très critiquée par Mistral ce qui ne l'empêcha pas d'avoir eu de nombreux échanges épistoliers avec lui. Mistral l'appelait son minitre des affaires étranères. Il refusera toujours de séparer les intellectuels des travailleurs et fut un théoricien du régionalisme Il fera de la Tour de Porchères son tombeau et laissera plus de 10.000 livres en héritage à la municipalité de Forcalquier. Des fêtes lui furent consacrées en 1910 avec l'inauguration d'un monument portant son buste à l'entée de la petite ville. A cette occasion, l'Athénée de Forcalquier publia un livre les relatant avec préface du marquis Charles d'Autane (1910).

Comme on peut le voir, le monument est installé dans une ancienne fontaine et son abreuvoir est devenu un bac à fleurs.

 

TEXTE DE 1887 : de Cyprien Bernard

ARMES: D'azur, à la poire tigée et feuillée d'or.

Une délibération du conseil de ville de Forcalquier, en date, du 27 mai 1624, atteste que les Berluc sont une ancienneté famille (sic). Cette maison est originaire de la Lombardie, où quelques-uns l'iden­tifient avec les Beluschi , qui donnèrent, au moyen âge, plusieurs membres au conseil de la ville de Milan.

Quoi qu'il en soit de cette assertion, Jean Berlucchi (en latin de Berluquis, et en français Berluque) , natif du Milanais, suivit en France Valentine Visconti, et reçut de Charles VI des lettres de noblesse et chevalerie, le 1er juillet 1395. (Arch. nat., sect. hist. ' JJ. 148, n49.)

Son petit-fils, Jean II, s'établit vers 1440 à Forcalquier, capitale de la haute Provence. Il devint, en 1483-84, syndic de cette ville et de sa viguerie, dont il négocia l'union à la France. (Archives des Bouches-du­-Rhône, registre du clavaire de Forcalquier, 1469, fol. 233 et 269 v° ; archives de Forcalquier, registre de délibération du conseil des 19 mai, 30 mai, 29 novembre 1483). Il avait épousé Marie de Perussis , héritière de la branche aînée des Peruzzi de Florence, dont ses descendants relevèrent le nom et les armes.

Les Berluc furent élus trente-quatre fois premiers consuls de Forcal­quier, fonction à laquelle étaient jointes celles de gouverneur de la ville, chef de la viguerie et député aux États de Provence. Ils acquirent, en 1527, la terre de Gagnaud, et plus tard la co-seigneurie de Porchères, par suite du mariage de Jean-Antoine de Berluc avec Hélène de Laugier, sur d'Honoré de Laugier-Porchères, l'un des quarante de l'Académie française. (Contrat de mariage du 20 mai 1614, notaire Vallansan, à Forcalquier.)

Parmi les illustrations de cette famille, nous indiquerons : Nicolas ou Colin de Berluc , ambassadeur de la Provence vers François II en 1560 , Jean-Baptiste de Berluc consul pendant la peste de 1631, mort victime de son dévouement qui est demeuré légendaire, Jean Antoine de Berluc déjà cité, auteur de Adagia selecta (Genève, 1632), qui lui valurent le surnom d'Erasme provençal, Jean-Pierre de Berluc, bienfaiteur des hôpitaux, nommé le père des pauvres, dans une délibération solennelle du conseil de ville, du 22 février 1737, Joseph-André de Berluc , mous­quetaire gris, puis lieutenant-colonel au service de Pologne et aide de camp de Kosciuzsko.

La famille s'était, au XVIème siècle, divisée en deux branches. L'aînée a donné des financiers et des bibliophiles. Elle possédait un hôtel à Paris, enclos du Temple. Son dernier représentant périt dans la retraite de Moscou. La cadette, demeurée à Forcalquier, avait pour chef, au siècle dernier, Joseph de Berluc-Perussis , élu cinq fois au consulat, deux fois à la mairie, plusieurs fois président des assemblées primaires et cantonales, et enfin, après thermidor, président du comité de surveillance du district, son fils, Jacques-Pierre de Berluc-Perussis f ut successivement vice-prési­dent du district, notable départemental et juge d'instruction. Il épousa Thérèse de Testanière-Miravail , issue des d'Arnaud-Miravail, qui furent, pendant quatre générations, lieutenants généraux de la sénéchaussée de Forcalquier. De ce mariage naquit Victor-Fortuné, juge d'instruction, président du deuxième collège électoral des Basses-Alpes, marié à Marie-Thérèse-Joséphine Pin (1), dont

1° Léon qui suit ;

2° Joséphine-Hélène, qui a épousé Joseph-Louis de Sigaud de Bresc , conseiller général du Var.

Léon de Berluc-Perussis est le seul représentant actuel du nom. Il n'a, de son mariage avec Julie-Marie-Joséphine Pin , qu'une fille : Marie-Thé­rèse-Louise-Anne de Berluc-Perussis.

(1) Les Pin ont donné des consuls aux villes d'Allos et d'Apt, un conseiller à la cour des comptes de Provence, un sénateur et troisconseillers généraux au département de Vaucluse. Le P. Alexan­dre Pin est l'une des gloires de l'ordre de St-Domïnique.

Le rédacteur du site : Jean-Paul Audibert

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