Tiré de : « Description des principaux lieux de France » par J. A. Dulaure. Tome I, 1789.

  L'orthographe a été modernisée.

  Moustiers Sainte Marie

C'est une petite ville située entre Riez et Seriez, environ à deux lieues de l'une et de l'autre. Son nom, qui était autrefois commun à tous les couvents, même, dans de certains temps, aux églises, vient de monasterium t à cause d'un monastère qui y fut bâti, vers la fin du onzième siècle, par les religieux de Lérins. M. l'Abbé Papon pense qu'avant cette époque ce lieu était habité, et que sous les Romains il y avait une. ville qui fut détruite dans le moyen âge; les inscriptions sépulcrales qu'on y a trouvées en sont des preuves assez convain­cantes.

description. Ce qui est à remarquer à Moustiers, c'est la chapelle de Notre-Dame de Beauvezer y s ituée entre deux montagnes fort hautes, fort escarpées, et séparées par un espace d'environ deux cent cinquante pieds ; on y faisait autrefois de nombreux pèleri­nages.

Quatre vers gravés sur la, porte de cette chapelle, sont tirés d'un poème composé au cinquième siècle par Sidoine Apollinaire , et adressés à Fauste , évêque de Riez (1).

(1) Nous avons parlé du voyage de Sidoine Apol­linaire à Riez, et du poème qu'il composa à cette occasion. Voyez Riez.

  Ces quatre vers, mal entendus par les historiens, ont accrédité la fable du pèlerinage de Si­doine à cette chapelle, tandis que lui-même loin de parler d'une visite à cette chapelle, ne fait mention que d'une visite qu'il a rendue à la mère de l'évêque de Riez, femme respectable par son âge et sa vertu.

MONUMENT singulier. Une singularité de ce lieu que je crois sans exemple, mérite les regards des curieux. Aux deux sommets des montagnes entre lesquelles est cette chapelle, est attachée une chaîne de fer tendue en l'air, au milieu de laquelle est une grande étoile à cinq rais. On a débité beaucoup de fables sur cette longue et lourde chaîne ; je crois qu'on doit préférablement s'en rapporter à cet égard au savant historien de la Provence , M. l'abbé Papon, qui pense que c'est un de ces voeux ordinaires dans les siècles de chevalerie.

« Nos preux Chevaliers, dit-il, qui faisaient des entreprises d'armes, se préparaient presque toujours à les exécuter par des actes de piété dans une église où ils se confessaient, et dans laquelle ils dévoient envoyer à leur retour, tan­tôt les armes qui les avaient fait triompher, et tantôt celles qu'ils avaient prises sur les ennemis. Souvent ils promettaient des choses aussi bizarres que le caprice qui les dictait.... La promesse d'enchaîner deux montagnes peut elle - même servir de preuve de la dévotion étrange de nos bons aïeux ; car il n'y a pas de doute que ce ne soit ici un vu dicté par la valeur, et fait par quelque ancien Chevalier à Notre-Dame de Beauvezer au sujet de quel­que entreprise d'armes, soit courtoise, soit à outrance. L'étoile suspendue à la chaîne n'est autre chose que les armes du chevalier qui fit le voeu . Plusieurs ont cru qu'elle avait été mise par un Chevalier de la maison de Blaccas , qui possédait une partie de la seigneurie de Moustiers, et qui portait pour armes une étoile à seize raies. Un manuscrit assez ancien l'attribue à Anne de Riquety, qui vivait, suivant toutes les apparences, vers l'an 1390.

M. Papon croit que si c'est un Chevalier Blaccas, il est le même que celui dont il a parlé dans son histoire de Provence, qui se ren­dit célèbre par son courage, par les agrément de son esprit, et par les qualités de son cur, et qui mourut vers le milieu du treizième siècle.

Ce qu'il y a de certain, c'est que cette chaîne a fourni le blason des armes de Moustiers. Cette ville porte azur à deux montagnes d'argent ran­gées en face, attachées vers la cime par une chaîne d'or, à un chaînon pendant au milieu , s outenant une étoile d'or.

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Scannérisé par J. P. Audibert