ANDRE GENCE et Manosque

 

1-Références Manosquines

André Gence est un artiste mondialement connu.  Cet homme d'église (prêtre de la mission de France) a vu sa peinture exposé dans les plus grands musées, notamment aux U.S.A ou au Japon. Mais, paradoxalement, cette peinture du sacré ne s'est guère faite dans les lieux de culte. Deux expositions ont eu pour cadre les cathédrales de Troyes et de Lille.  Les deux autres lieux consacrés  ont concerné notre département : à Digne et à Manosque, à Notre Dame de Romigier pendant l'été 2008.  Peignant toujours à la lumière du jour ; la lumière grise de ses œuvres a alors irradié N.D de Romigier présentant un mariage entre l'art contemporain et les peintures des siècles passés. Il fut très heureux de son accrochage dans l'église manosquine, déclarant notamment dans une interview à J.P Tissier (la Provence du 25/08) "mes œuvres ont donc besoin de cette lumière naturelle pour exprimer ce qu'elles ont dans le corps et dans le cœur, et je suis très content qu'il n'y ait pas de lumière artificielle ici." D'autres liens bas-alpins méritent d'être signalés : - dans les années 50, André Gence devait être nommé curé de Sainte Tulle mais il allait finalement devenir aumônier à l'hôpital Cochin à Paris, - un monument quasi méconnu de Manosque, la chapelle St Joseph, située dans le quartier industriel du même nom est ornée de trois jolis vitraux de l'artiste.

2-Art sacré à Notre Dame de Romigier

André Gence s'est souvent exprimé sur l'art et notamment sur l'art sacré. Pour lui, l'art est nécessairement sacré, il prolonge l'œuvre créatrice de Dieu et contribue ainsi à la communion entre le divin et l'humain. Ainsi, à la recherche de  tous les possibles, il déclarera "ces peintures sont des fenêtres vers les réalités divines". A Manosque, les œuvres présentés sont typiques de son langage pictural.

Du milieu du tableau, un groupement de carrés central semble surgir des ténèbres. Une couleur grise glisse sur une autre pour révéler une naissance, une genèse sereine. Une image, une révélation se  forme alors devant nous. Par la seule magie du pinceau l'invisible, l'indicible semble se matérialiser imperceptiblement. Henri Reynal décrit avec talent "Perceptible à peine, la respiration de l'Indicible".  Les œuvres exposées à Notre Dame de Romigier en 2008 étaient quasiment toutes monochromes. C'est que, pour André Gence, le gris est la synthèse de toutes les couleurs et la couleur est secondaire. A.Alauzen, parlant des peintres provençaux, soulignait déjà que le lumière est grise et que le travail de la gamme des gris fournit la clé de sa maitrise.

3-La Chapelle Saint Joseph

Les évangiles parlent peu de Joseph. C'est que cet artisan de Nazareth n'est que réserve et discrétion. Son destin est celui d'une foi obéissante parfaite : il se conforme à la parole de Dieu, devenant le père de Jésus et l'époux de Marie. Les croyants perçoivent son étonnant trajet et veulent lui rendre hommage. Ainsi, une chapelle dédiée à Saint  Joseph se trouve aujourd'hui à Manosque, en plein milieu de la zone industrielle ! Elle apparait toute en hauteur, un peu comme une tour de garde. Construite au 16ème siècle, sa restauration par son propriétaire date de 1993. Le précieux Comité du Patrimoine Manosquin nous éclaire sur les origines historiques de la construction de cette chapelle : c'est un charpentier, Joseph Garnier, qui fit ériger cette petite chapelle en l'honneur de son saint patron. Ainsi," afin de favoriser la piété des habitants de la campagne (on est alors éloigné de la ville, dans la plaine de la Durance) on y célèbre la messe le dimanche". Mais aussi, dans ce coin de la plaine manosquine se trouve un temple protestant, Manosque étant une ville où pouvait s'exercer cette religion de réforme. Notre charpentier, Joseph Garnier, a sans doute voulu réaffirmer la présence catholique pour que ce quartier ne soit pas exclusivement protestant. Au delà de ces éclairages historiques et de sa situation baroque au centre d'un temple du commerce, la chapelle Saint Joseph présente un intérêt artistique par les deux vitraux qui éclairent ses façades et un oculus au dessus de l'entrée. 

Ils seraient l'œuvre d'André Gence. C'est J.B Aubert, l'auteur du très beau et très utile site "Dignois.fr", qui en fait état, sans information supplémentaire pour l’instant. En tous cas, ici, l'assemblage de morceaux de verres colorés en figures géométriques diverses qui viennent s'imbriquer rappelle fortement un vitrail de très grande dimension; œuvre d'André Gence au conseil régional de Marseille.On sait qu'André Gence fonctionnait par coups de cœur et la dédicace à St Joseph a pu lui faire donner son accord à une demande de contribution artistique.  Espérons d'autres informations et découvertes par les spécialistes du sujet.  

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Ne quittons pas l’été 2008 sans mentionner l'exposition de la deuxième église du centre ville, Saint Sauveur, qui accueillait le travail de Chantal Giraud. C'est un travail du verre (dalles fusionnées) qui habite tout l'espace et la lumière semble venir dégager toute une aspiration spirituelle, dans la lignée d’André Gence. Depuis, ces sculptures de verre sont devenues pérennes dans l'église : ainsi, le cercle de verre opaque strié d'or au dessus du baptistère, la croix et le vitrail de la petite chapelle Sainte Thérèse, ou le vitrail au dessus du tabernacle.
Les expositions dans les deux églises de Manosque ont voulu présenter ou atteindre ce qui est inaccessible. Par la présentation d'un travail artistique hors du commun, elles renouvellent l'approche du sacré.    

   

Robert Sausse, 2017

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