Sainte Tulle

1-Saint Eucher, le père

A la rencontre de trois départements : Bouches du Rhône, Vaucluse et Alpes de Haute Provence, on peut visiter prés du pont Mirabeau une petite chapelle romane située en surplomb d'une haute falaise. Sa simplicité, son emplacement, sa dénomination rappellent la présence d'un grand personnage : Saint Eucher.
Originaire du pays d'Aigues (sa statue est aujourd'hui à l'entrée de Beaumont de Pertuis) il fut tour à tour sénateur de la narbonnaise, moine de l'abbaye de Lérins, ermite dans le Luberon et évêque de Lyon.


Mais Eucher fut aussi père de famille et c'est l'une de ses filles : Tulle (Tullia en latin) qui va être une sainte chrétienne bas-alpine donnant son nom à un village des Alpes de haute Provence, tout prés de Manosque. Homme d'église et commentateur éclairé des Ecritures, la vie et la pensée d’Eucher  peuvent faire l'objet d'études solides. Par contre reconnaissons d'emblée qu'il n'en est pas de même pour de nombreux saints et saintes locales dont la vie est souvent inconnue.
Il en est ainsi pour Sainte Tulle, une des filles de Saint Eucher.
Pourtant, la permanence de son culte indique une présence, un ancrage et une fonction aussi bien spirituelle que sociale.
De là, l'envie d'en savoir davatange.....

2-Sainte Tulle, la fille

C'est souvent la littérature qui nous fournit des éléments pour connaitre la vie d'un saint. Nous l'avons vu à propos de Saint Donat, l'ermite de Lure, pour qui il existe une"Vita Sancti Donati", ou à propos de Saint Bevons, originaire de la vallée du Jabron (Vita Bobonis). La première mention de Sainte Tulle va apparaitre dans la "Vita de Consortia", datant du VIII ème  siècle. Consorce (Consortia en latin) n'est autre que la sœur de Sainte Tulle !!
C'est que, marié à Galla, Eucher eu quatre enfants : deux fils --Véran (Véranus), qui devint évêque de Vence  et Salon (Salonius), qui devint évêque de Genève
deux filles--Consorce (Consortia), qui se voua à la gloire de Dieu et  Tulle (Tullia), notre sainte bas-alpine.
Si elle est donc citée dans un ouvrage du VIIIème siècle , son culte n'apparaitra qu'au XIème siècle ( Remi Fixot, in Archéologie médiévale ).
Morte jeune, la destinée de Tulle semble bien liée aux actions et décisions de son père qui exercera son rôle de paterfamilias de manière très autoritaire.
Eucher, meurtri par l'occupation de sa province gallo-romaine par les barbares décide de s'isoler du monde, de vivre une vie d'ermite, se retirant dans une grotte du Luberon.
Cette grotte était même murée! On comprend qu'il ait écrit  "Traité du mépris du monde" ou " Eloge du désert".
C'est ici que nous rencontrons Tulle ,qui avec sa soeur et sa mère apportait chaque jour sa nourriture à Eucher .
Notons d'ailleurs que Eucher avait déjà vécu une vie d'ermite à Lerins ,laissant alors sur place sa femme Galla enceinte de ses deux filles!
Il fit donc bien preuve d'une certaine violence dans son rôle de père. Mais sa réputation de sainteté fit qu'on vint le sortir de sa retraite pour le nommer évêque de Lyon. La grotte allait-elle être abandonnée ? .....Non.
A peine arrivé à Lyon il écrit à sa fille Tullia ..."Si tu ne veux pas me déplaire commence par te tondre la tête et décide de vivre une vie de recluse sur nos terres appelées Mont Mars, prés de la Durance, car telle est la volonté de notre Seigneur" ( JP.Saltarelli, in Eucher ou l'aristocratique refus de la barbarie ).
La légende indique une particularité : elle aurait été claustrée dans cette grotte et morte peu après, dans un esprit d'adoration et de sainteté chrétienne, vers l'an 430.
Elle fut alors ensevelie dans une crypte d'une chapelle rurale, sur un site appelé Tullae , qui devint Sainte Tulle.

Ses représentations ( tableaux,statuts ) la font apparaitre comme une jeune fille blonde, les yeux tournés vers le ciel,vêtue d'une tunique d'or. C'est dans cette tenue qu'elle apparaitra  à sa mère Galla, lui recommandant de ne pas pleurer, le Seigneur venant de l'introduire parmi les vierges saintes.
Son culte se répandit et persista dans la région .Par exemple, elle est honorée comme sainte anti-pesteuse à Cucuron ,dans le Vaucluse.
Mais c'est chez elle, à Sainte Tulle, le 5 octobre, qu'on continue à honorer la sainte par une procession à la chapelle rurale qui lui est consacrée. Les fleurs entourant son buste reliquaire sont alors partagées par les pèlerins car la tradition rapporte qu'elle avait le don de guérir les malades en leur faisant respirer le parfum des fleurs.
Un autre lieu, la grotte elle même, (aujourd'hui d'un accès réservé à des spécialistes) ou le père obligea sa fille à se cloitrer fut, au XIXème siècle, le lieu de rendez-vous d'une procession, le 16 Novembre, pour la fête de la Saint Eucher.
Les habitants de  Sainte Tulle et ceux de Beaumont menaient une procession séparée et se rencontraient devant la grotte : le père et la fille se trouvaient alors réunis.     

3-L'attachement aux saintes locales

Les hommes ont toujours eu besoin d'intercesseurs qui les rapprochent de Dieu. On  s'adresse plus facilement à des êtres que nous sentons proches et ancrés dans notre quotidien.
Certes on retrouve en Provence les femmes qui étaient au pied de la croix en Palestine, des  Saintes Maries, à Sainte Marthe ou Sainte Marie Madeleine.
Elles y ont accomplies leur rôle apostolique de diffusion de la foi.
Mais pour autant les habitants ont gardés leurs dévotions envers des saintes locales ,présentes dans leurs mémoires.
Elles représentent d'une certaine manière l'image de la femme dans le sacré, le plus souvent exemple de la parfaite chrétienne aux vertus de chasteté et de pureté.
Au delà de l'étude du rôle de la femme dans l'église, la Haute Provence au travers de l'histoire de ses saintes locales (qui reste à faire), rejoint l'histoire de la société toute entière.

Sources : -Les femmes dans le sacré, catalogue du conservatoire des objets d'arts des Alpes de Haute Provence, Digne 2005
-Le site " Balades.contingences.com" fait une présentation de qualité de l'endroit ou vécurent St Eucher et Ste Tulle    

 

Robert Sausse

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