Château de Sauvan :

Il fut construit à l'initiative de Joseph Palamède de Forbin-Janson de 1719 à 1728. Son frère cadet, Michel François, fournit le terrain (renseignement trouvé dans le livre : « Les Forbin-Janson et le château de Sauvan » de Marguerite Vivoli, édité par l'Association « Les Amis du château de Sauvan » -2007-)

L'architecte en fut Jean-Baptiste Franque qui avait déjà réalisé l'hôtel Salvador en Avignon et le palais épiscopal de Viviers (Vivarais). Le château reçut le surnom de « petit Trianon de Provence » il est en pierre de Mane mais il ne fut jamais terminé car son créateur décéda avant. Son concepteur était seigneur de Mane, officier supérieur des troupes de Louis XIV et fervent dévot. Son décès le laissa inachevé comme je l'ai dit ci dessus, surtout en ce qui concerne la décoration intérieure. Des fenêtres et des porte fenêtres ont été peint en trompe l'il pour éviter une trop forte imposition qui avait pour base les ouvertures d'un bâtiment. Il semble avoir été construit, du moins le suppose-t-on car on n'en a aucune preuve, pour y abriter des amours : « Nous sentons bien qu'il n'a pas été édifié pour abriter les vieux jours d'un ex-militaire handicapé vivant solitairement. » (Marguerite Vivoli, livre cité plus haut). Le dévot serait il devenu un libertin sur ses vieux jours ? Le duc de Saint Simon a traçé un portrait de lui dans ses mémoires. Bizarrement, un plan du château et du parc est conservé à Munich.

La révolution ne l'a pas grandement atteint, seules les armes sculptées sur le fronton ont été martelées. Durant cette période troublée, la femme de Michel Palamède, la princesse romaine Galléan, amie de la reine Marie-Antoinette, profitant d'une grande ressemblance avec sa souveraine, voulut prendre sa place à la Conciergerie  ; elle amassa une grande somme d'argent pour soudoyer les gardes de la prison mais Marie-Antoinette refusa son sacrifice et la princesse Galléan cacha avant sa fuite à l'étranger car elle fut dénoncé ou se perdit elle-même, dit-on, cet argent au château de Sauvan qui ainsi eut sa légende et son trésor.

Le 22 avril 1793, le château fut vendu comme bien national aux frères Magnan de Mane. Pour ravoir leur bien de famille, les Forbin-Janson durent le racheter (7 juillet 1796) mais entre temps, il était devenu un bâtiment agricole et avait subi de nombreuses dégradations. Charles Théodore Palamède de Forbin-Janson en fut le dernier propriétaire appartenant à ce lignage, le 19 juillet 1810, il le vendit à l'abbé Henri-Anne Sollier d'une famille de Céreste dont le portrait se trouve dans la galerie du château, au deuxième étage.

Dans les années 80, il fut acheté par les frères Allibert, antiquaires, qui avec un grand sens commercial et un travail acharné le restaurèrent et lui rendirent sa grandeur d'antan ; sens du marketing sûrement : le château a trois chambres à disposition des clients qui voudraient un grand confort dans un cadre champêtre et tout un chacun peut désormais louer l'orangerie pour y organiser repas et banquets où l'on est servi par des laquais en tenue XVIII° s, ses actuels possesseurs le mirent à la disposition du cinéma, il servit de cadre à une partie du film «  La Maison Assassinée  » tiré d'un roman de Pierre Magnan avec Patrick Bruel en tête d'affiche ; c'est ce même écrivain, bien connu, qui a rédigé le guide écrit du château. Tout cet appareillage commercial montre bien les difficultés financières auxquelles se heurtent des particuliers face à l'entretien et à la restauration d'un bien. En l'occurrence, tout, ici, leur est consacré.

On peut voir et admirer, à l'intérieur, une cheminée monumentale dessinée par Viollet le Duc, le lustre du salon en verre de Venise, l'escalier qui dessert l'unique étage marqué par les traces des sabots d'un cheval car une des propriétaire voulait aller dans sa chambre montée sur son cheval, celui-ci était redescendu, ensuite, par les valets au moyen de harnais. Bien qu'il ait beaucoup souffert du tremblement de terre de 1909, la restauration a été menée avec brio pour en faire un joyau, il est magnifiquement restauré et laisse voir aux visiteurs des collections du XVII°, XVIII° et XIX° s. tant en meubles qu'en autres objets de décoration : à noter une très belle réunion de vieilles faïences.

Les jardins devraient être classés à l'inventaire des monuments historiques comme le fut le château en 1957. Ils se décomposent en trois terrasses, une vaste pièce d'eau, où s'ébattent des cygnes, s'étend au nord faisant une séparation avec le pavillon des communs, plus bas, au milieu des près, on voit un monument pointu en forme d'obélisque, au loin on distingue la citadelle de Mane et dans le lointain, on devine la ville de Forcalquier. Des paons s'y promènent en liberté totale car les Forbin adoraient cet animal et les nouveaux propriétaires souhaitent ressusciter le château tel qu'il fut jadis à commencer par les oiseaux.

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J.P. Audibert