Manosque de la mine:

En arrivant à Manosque des jardinières et des suspensions fleuries accueillent le visiteur. Cet effort floral se poursuit au niveau des ronds-points de circulation mais celui de Damase Arbaud révèle une surprise : en son centre un wagonnet de mineur sort d'une galerie ! Belle façon de mettre en avant un aspect méconnu de la ville : celui de son passé industriel minier.

1 La Mine de la Gaude

C'est au Nord-Est de Manosque, dans le vallon de la Gaude que se situait un des points principaux d'extraction minière du pays manosquin. Aujourd'hui, les galeries (notamment salines) abritent du stockage de gaz qui a récemment fait l'actualité.

Mais cette zone minière était connue depuis longtemps. Dès 1780, l'abbé J.P. Papon, dans son ouvrage « Voyage en Provence », en fait état. Et de fait, l'exploitation va s'étaler sur plusieurs décades, de 1831 jusqu'en 1965, date de la fermeture de la mine. Cette exploitation s'est d'abord réalisée au travers de petits propriétaires privés. Mais c'est pendant la guerre de 14-18 que la société de produits chimiques d'ALAIS, FROGES et CAMARGUES (A.F.C) achètera la mine et donnera une impulsion à l'activité ; cette société ne sera autre que Péchiney.

2 Le produit minier : la lignite

La lignite (latin : lignum = bois) est un charbon naturel fossile issu de la décomposition de matière végétales. Mais ce charbon est souvent de qualité médiocre. Comparé à la houille, il a une valeur calorifique trois fois moindre. Il correspondait néanmoins à une réalité économique. Il partait notamment à Ste Tulle où sa combustion permettait l'entraînement des turbines de la centrale électrothermique. Mais aussi vers l'usine chimique de St. Auban. Quelques convois allèrent sans doute vers Meyreuil et Gardanne.

En 1965, la production journalière était de 30 tonnes environ.

C'est -ici comme ailleurs- la mécanisation et la modernisation qui amena la fermeture de la mine. Les débouchés directs en Haute Provence disparurent aussi : l'usine thermoélectrique de Ste Tulle a fermé et l'usine Pechiney de St Auban s'est transformée.

3 L'exploitation

La Gaude était le « carreau » principal de l'activité. Mais les galeries d'extraction filaient aussi bien aux quartiers de la Rochette ou de Ste Roustagne à deux pas du centre historique manosquin.

La mine de la Gaude présentait toutefois une particularité unique en France, due aux plissements géologiques du terrain : les couches de charbon étaient verticales. Ainsi l'extraction était plus facile : les ouvriers travaillaient debout, ce qui n'était pas le cas pour les mines des villages voisins, Bois d'Asson ou Sigonce, où les mineurs travaillaient couchés.

De fait la mine manosquine a ainsi eu « le meilleur rendement de France par tête de mineur ».

Au début de l'exploitation, les mineurs utilisaient une « descenderie » c'est-à-dire une galerie en pente pour arriver aux boyaux d'extraction. Puis dans les années 50, fut construit un « chevalement »avec ascenseur facilitant la descente. C'est que l'activité se situait jusqu'à 310 mètres !

Anciennement le minerai était trié sur place à la Gaude. Mais un tunnel va être créé pour rejoindre la gare directement. Long de 3,5 km, il fut achevé en 1928. Il passait sous le Mont d'or et reliait donc, le long d'une pente douce, le carreau de la Gaude au carreau de la gare. C'est un locotracteur électrique qui y amenait deux convois de 150 wagonnets (ou draisines). C'est là que nous avons vu un spécimen en arrivant à Manosque depuis Aix. Notons qu'il fut un des premiers à être installé en France et qu'il ne tombera jamais en panne.

Ici, au carreau de la gare, à la sortie du tunnel, le charbon est déversé puis trié dans un bâtiment de triage (Des femmes participeront à cette activité).Le travail fait une nouvelle locomotive, classique et diesel, prend le relais vers le Sud jusqu'àla gare S.N.C.F. où un quai de transbordement permet le déversement dans des wagons de la S.N.C.F. qui assurera la livraison finale. D'autres rails filent vers le Nord pour déverser les rebuts charbonneux.

Un pont, marqué du sigle AFC a permis cet acheminement et est encore visible du coté du Moulin Neuf.

Un peu plus loin, les rebuts formaient un crassier tout en longueur. Il fut arasé pour la construction d'un lycée ; Il en reste une partie réhabilitée en terrain de moto-cross avant le passage à niveau.

4 Le travail et les risques du métier

Un mineur travaille à extraire du charbon, les archives nous en indiquent de 30 ouvriers en 1891 jusqu'à 150 personnes dans les dernières années. Ils sont généralement payés à la production, c'est-à-dire au mètre creusé en galerie ou au nombre de bennes remplies.

Ce qui vient immédiatement à l'esprit, c'est l'aspect pénible et éprouvant de l'activité qui se déroule dans un milieu humide et chaud pendant 8 heures. Les risques sont ceux du métier : éboulements ou effondrement dans les galeries, émanation de gaz souffré polluant irritant les yeux, incendies, coup de grisou entraînant explosion et notamment risques de brûlures. Ces risques, bien présent, s'ajoutent à la fatigue quotidienne de l'extraction du minerai. N'oublions pas, par exemple, qu'avant l'installation d'un ascenseur la descente aux boyaux d'extraction se faisait par des marches.

Malgré la difficulté, cette industrie a cependant permis de faire vivre bien des familles.

5 Des animaux dans la mine

On connaît la place du cheval dans l'agriculture provençale. En Haute Provence le peintre Seyssaud traduit tous leurs efforts sur les coteaux pentus du Ventoux.

Un petit village provençal Mollèges a eu l'idée en 1989 de faire édifier une statue à la gloire du cheval de trait rappelant toute sa place dans la vie laborieuse quotidienne (il y avait 300 chevaux pour 800 habitants).

Mais ici, nous sommes loin de l'agriculture, en pleine exploitation minière et pourtant nous rencontrons aussi des chevaux. Jusqu'en 1940, il y eut jusqu'à 20chevaux dans les galeries. Ils accompagnaient les mineurs, rentrant le matin et sortant le soir. Avant la mécanisation, ils participaient ainsi au tractage des wagons tout au long des galeries. Un mineur était chargé de l'écurie et du soin des chevaux. A un moment donné, les chevaux restèrent même au fond de la mine et ne remontèrent que le dimanche et les jours fériés.

En tous cas, il est émouvant de penser que ces compagnons de l'Homme ont partagé le même labeur et les mêmes efforts. Des archives, notamment photographiques, seraient d'un passionnant intérêt.

6 Un patrimoine à conserver

Si les édifices historiques ou religieux attirent l'attention, il n'en est pas de même des édifices industriels. Construits dans un but utilitaire, ils sont souvent détruits pour faire place à une autre activité ou abandonné en friche. C'est que le travail évoque sans doute des idées de pénibilité ou de nécessité et leurs buts ayant été purement fonctionnel, ils ne semblent pas mériter l'attention.

Pourtant le patrimoine industriel constitue tout un pan de la vie de la société. Il est souvent le seul témoin de la vie laborieuse d'une génération. De plus, il recèle un savoir faire, une adaptation aux besoins économiques et un esprit de créativité du plus grand intérêt.

C'est ce qu'a compris le comité du Patrimoine Manosquin. Par exemple, une plaque a été posée le 14.12.2002 rappelant l'existence d'une maison des mineurs de la Mine de la Gaude.

En effet, il n'y eut pas à Manosque de village spécialement dédié aux mineurs qui évoquerait les corons du Nord ou, plus près, de chez nous, les maisons alignées pour les saliniers de Salin de Giraud. Ici la compagnie minière gérait des logements dans la ville à l'usage des mineurs.

En fait, l'histoire industrielle est indissociable de notre patrimoine culturel global. En prendre conscience et en maintenir la mémoire, c'est conserver ses racines nécessaires à tout avenir.

 

Bibliographie  : - Publications du Comité du Patrimoine Manosquin.

- Association. Manosquine de recherches historiques et naturelles

Robert Sausse

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