Prieuré de Carluc : une civilisation Pétrée en Haute Provence

Au couvent des Bernardins, en septembre 2008, le pape Benoît XVI, dans un discours de haute portée théologique, situe le mouvement monachiste comme un maillon essentiel de la diffusion de la foi.

Chaque monastère avait en son cur une bibliothèque et la foi chrétienne participe ainsi à la diffusion de la culture.

Mais bien avant l'apparition des grands monastères de Provence, d'humbles croyants se sont réfugiés dans les coins retirés pour vivre une vie d'ermite. Leur pratique a attiré des pèlerins venus fortifier leur foi devant cette vie de prière.

Une simple grotte, prolongement de l'habitat préhistorique, suffit à réunir une petite communauté. Ici, en Haute Provence, où la pierre est le premier élément utilisé, nous perpétuons une civilisation pétrée ; un exemple attrayant est le prieuré de Carluc.

Carluc, une religion de la pierre

C'est non loin de Reillanne et de Céreste dans l'apaisement d'un vallon que se dresse, dans toutes sa hauteur, la belle abside pentagonale d'une église romane : le prieuré de Carluc.

D'élégantes colonettes au décor de feuilles ou d'oiseaux rajoutent à l'élégance et à la mélancolie de l'endroit. Mais la particularité du site vient d'un long couloir creusé dans la pierre : il s'agit d'une hypogée funéraire. Tout au long de ces 26 mètres , on voit apparaître, creusé dans les rochers, des sarcophages rupestres dont beaucoup sont anthropoïdes. Dans les entablements rocheux voisins, de multiples entailles témoignent d'une volonté : celle des croyants de reposer auprès d'un saint personnage et d'être en quelque sorte plus près du ciel.

C'est donc dans ce monde rupestre où tous les aménagements témoignent d'un travail de carrier que s'établit une liaison intime avec la pierre. On peut, alors, parler d'une religion rupestre. Nous sommes bien à Carluc en face d'une construction monastique et funéraire originale (qui trouvera un corollaire dans l'extraordinaire abbaye de Saint Roman l'Aiguille, dans le Gard).

La tradition chrétienne racontera ce contact avec le rocher : Ste Marie Madeleine se retire dans la grotte de la Ste Baume , St Honnorat dans une grotte de l'Estérel.

Plus tard, c'est encore l'utilisation de la pierre qui donnera aux édifices romans de Haute Provence, tout leur caractère et la technique de la pierre est ici une marque de civilisation.

Carluc, premier ermitage chrétien ?

La Provence a reçu les Saintes Maries venues de Palestine. Saint Cassien, le fondateur de l'abbaye St Victor à Marseille, était originaire d'Anatolie et s'inspirait des ermites d'Orient. Ainsi, toute notre région apparaît imprégnée par l'inspiration de la civilisation orientale. Nous sommes bien aux premiers temps du christianisme : suivant l'exemple des ermites solitaires de la Thébaïde ( 1 ) de pieux personnages se sont retirés du monde pour une vie de renoncement et de prière. Le site sera en quelque sorte spiritualisé par leur présence et ils joueront, alors, le rôle de maillon de diffusion de la foi. Citons Benoît XVI « la parole ne conduit pas uniquement sur la voie d'une mystique individuelle mais elle nous introduit dans la communauté de tous ceux qui cheminent dans la foi. »

En Haute Provence, ces anachorètes ont été nombreux : St Donat ( 2 ) va se retirer dans la montagne de Lure,  St Eucher ( 3 ) dans une grotte près de la Durance. Et pour Carluc ?

Rien ne nous permet, sinon des hypothèses, de connaître l'identité de l'occupant du site.

Peu importe, en tous cas les pierres apportent leur témoignage : cette vie d'anachorète, retiré du monde, a été suffisamment forte pour attirer au fil du temps une communauté fervente désireuse d'atteindre l'éternité.

Robert Sausse

 

( 1 ) désert d'Egypte qui vit le premier ermite, par extension : lieu désert.

( 2 ) personne plus ou moins légendaire qui aurait évangélisé la contrée de Lure à la fin du Vème siècle.

( 3 ) évêque de Lyon, la grotte où il vécut en tant qu'ermite est aux environs de Beaumont de Pertuis

Les notes sont dues à l'auteur du site.

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