Manosque et ses murailles :
On a gardé le souvenir d’une ville entourée de ses remparts et percée de 4 portes principales à chaque point cardinal, le tout datant du XIV° siècle. Mais des recherches archéologiques ont apportées un complément d’informations. On sait, après avoir consulté le cadastre napoléonien  que la ville était ceinte d’un rempart percé de 7 portes et ayant 11 tours, ce cadastre a été établi il y a  un peu plus de 2 siècles. Je reviendrais en fin d’article sur ces recherches. Mais revenons aux restes qui ont survolé les siècles pour arriver jusqu’à nous. Les boulevards extérieurs sont le témoignage de ce que fut le tracé de ces remparts, il en reste 4 portes que je vais détailler l’une après l’autre.

Porte d’Aubette

C’est celle de l’Est qui fut démolie en 1935 car, parait-il elle gênait la circulation automobile, elle ne fut pas reconstruite par la suite.

Porte Guilhem Pierre

A l’Ouest.
Elle porte le nom du notaire du comte de Forcalquier, Guillaume IV, qui fit don de Manosque aux Hospitaliers, la ville appartenant au comté de Forcalquier. De son emplacement, il y a une rue, portant le même nom, qui aboutit à la place de la mairie presque en face de l’église Notre Dame de Romigier. Au temps de la reine Jeanne, le couvent des Carmes  se trouvait hors les murs, dans les jardins de ce qui deviendra le vieil hôpital, c’est-à-dire légèrement décalé par rapport à cette porte. Il vint se réfugier dans la ville pour se protéger des Grandes Compagnies, en particulier de celle d’Arnaud de Cervole (l’archiprêtre). Le fer qui servit à construire sa herse fut utilisé, lorsqu’elle fut démolie, à l’édification du campanile de l’église St. Sauveur. La porte que l’on voit de nos jours n’est qu’un fac-similé construit en 1986, l’original fut détruit en 1835 lors de l’épidémie de choléra car on pensait qu’elle empêchait l’air de pénétrer dans la ville.

Porte Soubeyran ou porte supérieure

Se situe au Nord de la ville.
Sa partie inférieure est romane. En fait, tout ce qui est au-dessus de la balustrade qui la ceinture à mi-hauteur a été rajoutée ultérieurement, la balustrade elle-même. Elle est couronnée d’un campanile (1830) qui, aux dires de Raymond Collier, a la forme d’une élégante montgolfière renversée. Elle est antérieure à la porte Saunerie. Son nom vient du provençal qui lui-même vient du latin « superans »  qui est une forme conjuguée du verbe « supero ». Sa signification est simple, elle veut dire qu’elle est la tour la plus haute de la ville, elle devait être surmontée d’une tour crénelée.  

   Porte Saunerie porte du Sud
                                     ----vue de dos .                                                                                                                                 
Comme on peut le voir sur ces cartes postales anciennes, le haut a été couvert ou pas suivant les années.
"Il y avait, à l'entrée de la ville, une belle porte moyenâgeuse, vous me direz, elle y est encore ! Non, il y a bien quelque chose qui lui ressemble, mais ce n'est plus elle, la mienne avait comme coiffure, une génoise de tuiles grises, celle-là arbore des créneaux de pierres neuves, insolites, insolents et faux !"
Jean Giono, Manosque-des-plateaux

C’est la porte qui est l’emblème de la ville. C’est la mieux fortifiée et c’est la plus imposante. Elle porte sur son sol la figure des armes de cette ville, c’est-à-dire 4 mains qui rappellent que Manosque est le rassemblement, la fusion de quatre villages.
Son nom vient du provençal « sau » qui signifie : sel. En effet, c’est par cette porte que pénétrait le sel nécessaire aux abattoirs proches d’elle et aux tanneurs.  La porte primitive (XII° siècle) devait être en retrait de celle que l’on connait de nos jours qui fut construite à la fin du XIV° siècle lorsque les murailles furent relevées.  Sa date de construction est démontrée par ses murs à feuillage, typique de ce siècle, comme le souligne Raymond Collier. Dans la mémoire de nos historiens locaux, il subsiste des anecdotes pour ces portes et en particulier pour celle-là, ils ont évoqué les voyageurs allant vers le Nord qui devaient obligatoirement passer par Manosque. Lorsque les portes se fermaient le soir, certains se trouvaient bloquer dehors, ils furent à l’origine de la naissance d’un faubourg qui naquit dans la campagne, non loin de cette porte, constitué de nombreuses auberges. Toujours dans la campagne, non loin de cette porte, on trouvait le couvent des Franciscains. Autre souvenir : lors de la peste de 1720, une barrière en forme de ravelin (fortification en forme de demi-lune) fut construite devant elle, c’est par ce seul endroit que devait rentrer dans la ville les étrangers, c’est-à-dire ceux qui n’étaient pas du lieu.
La commune passa un accord avec un maitre maçon pour l‘édification de cette porte en Février 1383 et selon Raymond Collier, il encaissa 44 sous par canne (environ 2 mètres)  de faites.
D’après l’abbé Féraud qui fut l’historien de Manosque, entre autres études historiques, il y avait 2 tours au Nord est qui furent détruites et au Nord ouest, on en voyait une autre, à 30 mètres de celle de Soubeyran, elle était ronde et encastrée dans une maison. A l’Est, on en trouvait deux près de la porte d’Aubette à l’extrémité du quartier Chacundier. Au Sud est de la Saunerie, il y avait une tour ronde, tour Cornilhe, puis tour de la  Tuerie car elle servait d’abattoir, elle se situait au milieu du Cours de la Plaine. Au Sud, en plus de la porte Saunerie, on pouvait en découvrir trois autres. A l’Ouest, on en rencontrait deux qui, placées à l’extrémité de la place du Terreau, défendaient l’approche du château.

On a gardé le souvenir d’une cinquième porte qui, peut-être, n’était qu’une poterne. Elle se trouvait entre celle de la Saunerie et celle de Guilhem Pierre c’était celle d’En Gau. Sa position aux abords du château des Hospitaliers leur permettait de sortir facilement de la ville. Cette appellation viendrait du latin « gaudere » = « se réjouir » soit d’une statue de la vierge

qu’il y avait là et qui était la Sainte Patronne des vignerons.
Archéologie
Les portes qui viennent d’être évoquées sont incluses dans des remparts du XIV° siècle mais avant la ville était déjà ceintes de murailles ainsi que des débris retrouvés l’attestent. Tout d’abord, une évocation par un texte qu’il y avait une muraille au XIV° siècle,  les fossés à leurs pieds devaient servir de lieu où l’on faisait paitre les troupeaux car on a retrouvé un édit que rendirent les consuls disant que sous peine d’amende, cette pratique était formellement interdite. Il a été retrouvé des traces de remparts dans la ville ancienne, dans sa partie Ouest ce qui laisse supposer que cette partie là est l’origine de la cité. Dès le  XII° siècle, les textes montrent qu’il y avait deux portes, les autres ne sont mentionnées qu’au XIII° siècle et au XIV° siècle et c’est de ce dernier siècle que date un renouveau des fortifications pour faire face à un éventuel passage des Grandes Compagnies.

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